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. Depuis près d’un siècle, la société Ferrigno, installée à Port Saint Louis du Rhône, fabrique des conserves de poissons qu’elle commercialise auprès de la grande distribution mais aussi dans l’épicerie fine. Trois générations se sont succédé pour construire et développer une entreprise qui compte aujourd’hui une cinquantaine de personnes. Cette entreprise familiale, née en Algérie dans les années 30, développe aujourd’hui au Maroc des partenariats avec des sociétés locales pour mieux maîtriser ses approvisionnements en matières premières et pour améliorer sa compétitivité. Une nouvelle étape est en vue : la construction d’une unité de production dans le Sud du Maroc pour rayonner sur les marchés du monde entier.
L’histoire de la saga familiale débute dans les années 1920 avec le grand père, un pêcheur napolitain qui fait de la salaison. En 1931 il s’expatrie en Algérie ; il fait l’acquisition d’un bateau et développe son exploitation à Courbet marine, un port de pêche situé à l’Est d’Alger.
En 1945 il créée une première conserverie de sardines dont la production est exportée vers la France. Une deuxième conserverie voit le jour en 1950 à Delhis, port de pêche situé en Kabylie. La flotte de bateaux s’étoffe et les affaires prospèrent, les cinq enfants poursuivent l’aventure, mais les évènements d’Algérie vont tout précipiter.
En 1962, c’est le départ pour la France. Un bateau de pêche permet à la famille Ferrigno de traverser la Méditerranée et de conserver un outil de travail pour tout recommencer à zéro.
La fratrie décide de se fixer à Port St-Louis du Rhône car cet endroit, où se mêlent eau douce du Rhône et eau salée de la Méditerranée, favorise le développement du plancton et laisse supposer que l’endroit est poissonneux. Le bateau qui possède la meilleure technologie de l’époque est équipé de sondeur pour étudier les fonds marins. En prospectant, le père de l’actuel dirigeant remarque de vastes zones sombres qui pourraient être de la roche. Or, les pêcheurs locaux confirment qu’à Port St Louis il n’y a que du sable. Et pourtant la première pêche se révèle miraculeuse. Il y avait là de gigantesques bancs de sardines sédentaires.
Les rotations du bateau – trois par jour – peuvent commencer, pour vendre le poisson frais à la criée.
La famille décide ensuite de construire sur place une conserverie de poissons. L’usine est édifiée avec des matériaux récupérés ça et là. La nuit, tout le monde dort à proximité dans des wagons désaffectés qui ont été achetés pour servir de logement. Deux ans plus tard, en 1964, l’usine commence à tourner et les premières boîtes de sardines sont commercialisées.
En 1980, l’actuel dirigeant et Pdg de la société provençale, Dominique Ferrigno, est « intronisé » par son oncle, afin de préparer la succession et de laisser place à la troisième génération familiale. L’usine est modernisée et la production passe en quelques années de 10.000 à 80.000 boîtes par jour, lesquelles sont acheminées vers les principales marques de la grande distribution.
Les enjeux :
Au fil du temps, la concurrence, notamment espagnole et portugaise, s’intensifie. La grande distribution devient plus exigeante en réclamant notamment des prix de plus en plus serrés, en raison d’une offre internationale abondante et d’une consommation qui demeure d’un niveau constant. Même si, dans les années 1990 l’outil de production (usine et bateaux) était entièrement amorti, il devenait difficile, pour la société Ferrigno de s’aligner sur les prix. De plus, le gisement de sardines des environs de Port St-Louis du Rhône commençait à s’épuiser. Les 80 emplois de l’entreprise étaient tous menacés.
La société Ferrigno décide alors une diversification de ses activités en lançant de nouvelles productions : des plats cuisinés et des sauces à base de poissons, et notamment une gamme de soupe de poissons appréciée par le marché. La spécialité de la société Ferrigno, la conserve de sardines, n’est cependant pas délaissée, bien au contraire, puisque l’entreprise provençale se tourne, pour son approvisionnement en poissons, vers le Maroc.
Le partenariat :
Les premiers contacts de la société Ferrigno avec le Maroc remontent à 1997. C’est dans la cadre d’une mission de prospection d’entreprises, organisée par Procamex et la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Arles, que Dominique Ferrigno rencontre Nabil Tazi, jeune dirigeant d’une société de pêche dénommée Iglo fish, basée à Laâyoune, dans le Sud marocain. Le courant passe bien entre les deux hommes et Dominique Ferrigno propose à son interlocuteur d’acheter le produit de sa pêche, pour peu que le poisson soit préparé et expédié selon des critères précis.
L’usine d’Iglo fish est auditée par le service qualité de l’entreprise française, afin de vérifier, à l’aide d’une batterie de tests, la fraîcheur et la qualité du poisson, le respect de la chaîne du froid et les procédures de préparation du poisson qui doit être étêté et vidé, avant d’être surgelé et expédié vers la France. Les tests s’avèrent concluants et les premières commandes sont passées en 1998 : 2 ou 3 camions par an, sachant qu’un camion représente 40 tonnes de poissons.
Résultat du partenariat :
Les commandes de la société Ferrigno à son partenaire marocain Iglo Fish vont progressivement monter en puissance grâce à la confiance mutuelle qui anime ce partenariat technico-commercial. D’une centaine de tonnes à la fin des années 90, la production en provenance d’Iglo fish est aujourd’hui de 1.500 tonnes par an, cet approvisionnement en provenance du Maroc permet 70% de la production totale de la société Ferrigno.
Grâce à ce partenariat, la société Ferrigno a pu maintenir l’essentiel de ses emplois en France en consacrant une part beaucoup plus importante de son activité à l’élaboration et à la mise en boîtes de plats cuisinés, le personnel provençal n’ayant plus à s’occuper de la découpe et préparation du poisson qui sont réalisées au Maroc. Ce partenariat assure également des gains de productivité et permet à la société Ferrigno de satisfaire aux exigences de prix de la grande distribution.
La société Ferrigno a réalisé en 2009 un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros dont 5% à l’exportation, en Europe, au Canada, au Japon et en Australie.
Pour sa part, la société marocaine Iglo Fish grâce à ce partenariat durable et exigeant pour le respect des normes de qualité, emploie 250 personnes et exporte sa production vers plusieurs pays européens.
Les perspectives :
A court terme, Dominique Ferrigno projette de construire, en concertation avec son partenaire actuel, une conserverie de poissons dans le Sud du Maroc.
Le coût des investissements a été chiffré entre 5 et 6 millions d’euros ; l’effectif devrait atteindre 300 personnes au Maroc. L’objectif de cette nouvelle usine est de produire 3 à 4.000 tonnes de conserves par an, dont 40% environ seraient commercialisés en France.
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