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Président de MEDCOOP
L'action que conduit l'A.D.E.C.I. ne relève pas simplement d'une mobilisation des bonnes consciences. La capacité à rapprocher des initiatives des deux rives de la Méditerranée, cela ne va pas de soi dans une conjoncture très défavorable.
La Méditerranée va mal et le Compagnonnage industriel va bien… Ce paradoxe vient peut être du fait de la façon de voir le Développement, de voir la Coopération par les initiatives des terrains, des entreprises, des acteurs, des associations. Nous sommes très affectés par l'incapacité de la Méditerranée à se construire au niveau des relations politiques, par l'échec redoutable, du processus de BARCELONE, par la difficulté que nous rencontrons à donner à cette Méditerranée une véritable lisibilité économique, au delà des discours culturels traditionnels à la BRAUDEL, à l'huile d'olive ou aux produits locaux.
Cette Méditerranée nous inquiète. Cette Méditerranée est inquiète. L'espace commun de paix, prévu il y a dix ans, est toujours en attente, la stabilité n'est pas le caractère principal de cette Economie, et la construction d'une zone de prospérité partagée est encore très loin de sa concrétisation. Certes, il y a des raisons objectives qui peuvent expliquer cette situation : des raisons économiques qui tiennent à la permanence des crises, des raisons politiques qui tiennent à la permanence des guerres, des raisons démographiques…
La réunion d’aujourd’hui démontre bien qu'au-delà des relations globales et difficiles de pays à pays, il y a, dans les entreprises, des relations bilatérales de qualité. Le Compagnonnage d’entreprise à entreprise montre que le partenariat en Méditerranée est possible, que la Méditerranée est une réalité, qu'elle se construit non pas par de grands accords, mais par des petites relations, par des accords d'Entreprises qui portent du sens, même si par rapport aux grands problèmes dans lesquels nous sommes insérés, ces actions peuvent apparaître comme limitées, comme des gouttes d'eau dans la Méditerranée ; mais cela porte l'espoir et l'idée que le changement est possible. Il est possible parce qu'il entraîne une volonté de se comprendre, et beaucoup cet après-midi ont souligné l'idée de partage, de compagnon, d'accompagnement, de relations personnelles, de relations individuelles.
Beaucoup des Chefs d'Entreprises, d'ailleurs, s'expriment toujours à la première personne du singulier. C'est bien, en quelque sorte, la volonté de dépasser des obstacles structurels pour se retrouver sur des relations personnelles, sur des relations dans lesquelles les petites entreprises qui sont des créateurs d'emplois aujourd'hui essentiels, peuvent trouver des occasions de développement non pas dans une conception néo-coloniale du co-développement qui est à la mode par les temps qui courent, mais bien dans une conception partagée de la croissance. Dans le compagnonnage industriel, la pratique commune du langage des métiers favorise l’adaptation au contexte local, dans une Economie du respect : respect de l'autre, respect du territoire, respect de l'Entreprise, respect des Acteurs. Dans ces tissus de liens qui s'organisent, vous démontrez que l’on peut trouver des enrichissements partagés et mutuels.
C'est-à-dire que nous sommes au croisement de deux conceptions du territoire, le territoire de la transaction, qui est celui de l'Economie et du Développement, mais aussi le territoire du Patrimoine, qui est celui de la culture et de l'identité. Et c'est justement en jouant sur cette donnée-là que le Compagnonnage prend tout son sens.
Ce qui fait l'intérêt et le sens de l'A.D.E.C.I. ou du Compagnonnage : c'est qu'on dépasse considérablement les relations économiques classiques pour passer à une Economie qui réhabilite la notions de « rapprochement ». Rapprocher les Cultures, rapprocher les Hommes, rapprocher les Economies, rapprocher les Collectivités. Changer notre conception du Développement, partir du territoire, partir de l'Acteur et des Artisans du quotidien, partir du projet, partir du Compagnon…. Nous vous invitons à devenir "compagnons" !
Je félicite M. le Président, M. Jean-Claude SITBON et toute l'équipe, pour avoir démontré que pratiquement, si construire la Méditerranée est une utopie, il y a quelque part des utopies réalistes. Comme écrivait Lamartine : « une utopie, n'est qu'une vérité différée ! » Merci d'avoir réussi à différer cette utopie !
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